Enrichissement des collections : les nouvelles acquisitions


La collection est composée, de nombreux objets extra-européens.

La collection est composée, de nombreux objets extra-européens. Un nombre non négligeable d'oeuvres à caractère cultuel provient d'Afrique ou de l'Inde principalement. Mais ce sont avant tout les objets "métisses", ces objets réalisés à l'intention des Européens dans les zones d'actions des Compagnies de commerce européennes, qui confèrent son originalité majeure au musée de la Compagnie des Indes. L'originalité formelle et iconographique de nombreuses oeuvres, notamment des porcelaines, des textiles, du mobilier et, pour résumer, de l'ensemble des arts décoratifs, confère une indéniable puissance de séduction à la collection.

La politique d'acquisition est au coeur des préoccupations du musée et constitue la clé de voûte de l'action autour des collections. Ces acquisitions d'oeuvres constituent une part importante de travail pour le service de la conservation du musée. Celle-ci est soutenue par la Ville de Lorient, l'association des Amis du musée, le FRAM (financement Etat-Région), le Conseil Général du Morbihan et les donateurs particuliers.

La collection du musée repose également sur un nombre conséquent de dépôts de grandes institutions telles que le musée du Quai Branly, le musée national de la Marine, le musée national des Arts Asiatiques - Guimet, les musées des Beaux-arts de Rennes et de Quimper, le musée national du Moyen-Age - Cluny, le musée national du château de Versailles et des Trianons, le musée du Louvres, et d'autres encore.

Le musée est régulièrement sollicité pour le prêt de collections dans le cadre d'expositions temporaires organisées par des musées nationaux, des musées de France ou encore par des grandes institutions muséales étrangères (prêt au musée impérial de Pékin, au musée d'arts de Hongkong, au musée nationalde Taïpei, etc.). 


Juin 2025

Statue d'un jeune homme noir sur des ballots de tabac

Statue d’un jeune homme noir sur des ballots de tabac

Pierre Guislain Philibert DEGAND (1747, Arras - 1825, Douai)

France, 1793 , Terre cuite polychrome, bois , Inscription en bas au dos : Degand fecit 1793

            La consommation du tabac, plante originaire des Amériques, connaît un grand succès en Europe grâce à ses prétendues vertus médicinales. En France, sa vente est contrôlée par l’Etat à travers la Ferme du tabac, créée en 1674 et placée sous la régie de la Compagnie des Indes entre 1719 et 1721, puis entre 1723 et 1730.

Cette statue rappelle que sa culture fut principalement assurée par des populations déracinées d’Afrique, soumises à l’esclavage. La Compagnie des Indes eut ainsi pour mission de déporter des captifs vers les plantations de Louisiane, territoire dont elle eut la gouvernance de 1719 à 1730 et où elle développa la culture du tabac. Le visage juvénile et le corps athlétique de la statue évoquent les « pièces d’Inde », de jeunes hommes africains au physique résistant, recherchés par les armateurs négriers pour leur endurance au travail forcé.

Datée 1793, cette sculpture est contemporaine de la première proclamation de l’abolition de l’esclavage le 29 août 1793 à Saint-Domingue, décrétée après la révolte des esclaves. Contrairement à la plupart des représentations d’homme noir au XVIIIe siècle, il est ici représenté sans entraves, souriant et assis fièrement sur des ballots de tabac, dans l’attitude d’un homme libre et même de celle d’un propriétaire planteur. L’iconographie originale de cette œuvre interroge : s’agit-il d’une simple allégorie du tabac servant d’enseigne à un marchand, ou d’une sculpture célébrant l’abolition de l’esclavage proclamée par la jeune République française, évoquée par le liseré tricolore du pagne ?

Acquisition réalisée avec le soutien du Conseil départemental du Morbihan

Musée de la Compagnie des Indes – Ville de Lorient – Inv. 2024.5.1

Mai 2025

Bézoard à chaînette

Pierre de bézoard et argent, Inde, Goa ?, 17ème siècle

Objet du mois – Une pierre de bézoard montée

Nouvelle acquisition du musée | Cabinet de curiosités

Le Musée de la Compagnie des Indes enrichit ses collections avec une pièce rare et fascinante : une pierre de bézoard montée, acquise dans la perspective du développement de son cabinet de curiosités consacré à l'attrait européen pour les objets exotiques venus d'Asie entre le XVIe et le XVIIIe siècle.

Un talisman venu d’Orient

Portée en pendentif ou immergée dans les boissons pour contrer les poisons, cette pierre de couleur brun foncé, de forme irrégulière, est sertie dans une monture et une chaînette en argent filigrané à décor de rosace. Ces éléments d’orfèvrerie évoquent les savoir-faire des ateliers de Goa, important comptoir portugais en Inde.

Un objet au cœur des premières mondialisations

À partir du XVIe siècle, les bézoards — concrétion organique formée dans le système digestif de certains animaux — deviennent des objets convoités pour leurs prétendues vertus médicinales et magiques. Leur usage se répand dans toute l’Europe, porté par le commerce maritime initié par les Portugais, puis amplifié par les Compagnies des Indes.
Qu’ils soient naturels ou fabriqués — comme la célèbre pierre de Goa, mise au point par les Jésuites de Goa au XVIIe siècle — ces objets rejoignent souvent les collections princières et les cabinets de curiosités.

L’aspect de cette pierre suggère qu’il pourrait s’agir d’un faux bézoard de Goa. Constituées de coquilles d’huîtres, argile, citron, poudres minérales, parfois enrichies de musc ou de corail, ces imitations étaient très prisées. Elles illustrent la créativité et le pragmatisme des artisans et apothicaires face à la forte demande européenne.

Un précieux témoin de l’histoire

Qu’il soit véritable ou reconstitué, ce bézoard témoigne de l’imaginaire de l’exotisme et du merveilleux qui a accompagné l’expansion européenne en Asie. Il prend aujourd’hui place dans le parcours du musée comme un objet de science, de croyance et de commerce, au croisement entre l’histoire naturelle, la médecine et le luxe.

Visible à partir de fin juin dans la future exposition "De la carpe aux merlus" du musée de la Compagnie des Indes.


Verseuse aux lions Shi Shi

Porcelaine, Chine, ateliers de Jingdezzhen, Fin du règne de l’empereur Yongzheng (1723-1735), début du règne de l’empereur Qianlong (1736-1795), vers 1730-40 - H. 13,5 cm

Cette petite verseuse, probablement une théière, en porcelaine chinoise réalisée pour le marché européen, entre dans la catégorie des objets originaux qui ont pu être importés grâce au fret privé ou au petit port permis accordé aux équipages.

Son corps globulaire décoré d’émaux verts, bleus et roses présente quatre bosses florales réticulées, bordées de pétales de lotus. L'anse et le bec sont en forme de lions bouddhiques ; leur corps allongé, à plusieurs nuances de bleu, est surmonté d’une tête dressée jaune vif. La crinière est comme ornée de perles orangées, jaunes ou bleues. Le couvercle en dôme s’achève par une prise en forme d’oiseau. Le colori bleu turquoise des lions est généralement associé à la production du règne de l’empereur Yongzheng.

Les lions Shi Shi, ou lions bouddhiques, appelés chiens de Fô en Europe, sont les protecteurs des lieux sacrés de la Chine impériale. Ils sont toujours représentés par deux : le mâle et la femelle suivant le principe de complémentarité et de dualité du yin et du yang. Sous l’une des pattes, le mâle tient une boule qui, dans un contexte impérial, représente la suprématie de l’empire sur le monde. Cette boule, que certains nomment boule de brocard, est également appelée xiù qiú (绣球) et est décorée de motifs géométriques probablement inspirés de l’hydrangea, ces idéogrammes désignant également cette fleur. La forme même de la théière s’inspire de cette boule de brocard, ou xiù qiú, particulièrement dans le motif réticulé. Le traitement zoomorphe du bec, de l’anse et de la prise du couvercle trouve son originie lointaine dans les bronzes de la dynastie Zhou (1050-771 av. JC.).

L’empereur Qianlong ayant particulièrement collectionné et mis à l’honneur les bronzes archaïques, il n’est pas étonnnant d’en voir ici une réinterpétation. De même, il n’est pas rare de rencontrer des brûle-encens d’autels en bronze de la seconde moitié du XVIIIe siècle ainsi dotés de prises et d’anses en lions bouddhiques. En Europe, cette verseuse a servi de théière mais son origine formelle se trouve dans les pots à vin chinois. Les joyeux coloris associés au traitement zoomorphe confèrent à cette verseuse une allure extravagante et amusante. Elle a dû particulièrement plaire aux Européens dans les années 1730- 1740, en pleine vogue rococo. En effet, même s’il reste peu fréquent, ce modèle se rencontre dans diverses collections actuelles avec toutefois des coloris différents.


© 2018 - site officiel du Musée de la Compagnie des Indes de Lorient

Retour en haut