Lachinage et bagatelles de Chine. 10 ans d'acquisitions du musée
Mardi 17 mars
Conférence Brigitte Nicolas
Pour cette seconde conférence dédiée aux œuvres entrées dans les collections au cours des dix dernières années, Brigitte NICOLAS présente les objets issus du commerce avec la Chine. Porcelaines, coffrets ou paravent de laque, éventails d'ivoire et soies peintes des XVIIe et XVIIIe siècles sont autant de marchandises précieuses qui emplissaient les cales des navires des Compagnies des Indes.
Ces objets ont été acquis en vente publique, parfois par préemption, chez des particuliers, des antiquaires, déposés par des institutions muséales ou donnés par de généreux donateurs. Ils ont été choisis parce qu'ils répondent à la politique d'acquisition du musée dont l'objectif est d'illustrer l'histoire foisonnante des Compagnies des Indes. Certaines œuvres viennent compléter des thématiques, d'autres ont pour mission d'en illustrer de nouvelles.
Au-delà de leur beauté formelle, de l'habileté de leur créateur ou de leur touchante simplicité, ces objets sont comme autant de conteurs qu'il s'agit de réveiller. Ils sont à la fois les témoins, les symboles, les vestiges et les merveilleux ambassadeurs d'un monde lointain.
La collection est donc au cœur des préoccupations du musée de la Compagnie des Indes ; elle est le sel et la passion des métiers de la conservation.
Les nouvelles acquisitions sont à l'honneur dans l'ouvrage Au bonheur des Indes Orientales (ed. Palantines, 2014) publié à l'occasion de la célébration des 30 ans du musée.
Conférence de Hélène Vu Thanh, maître de conférences - Université de Bretagne-Sud
Mardi 28 avril 2015
Les premiers Portugais parviennent au Japon en 1549 dans un contexte politique difficile en raison de la fin des guerres civiles. Très vite, ils se révèlent indispensables pour l’établissement de relations commerciales dans la zone-extrême-orientale. Dans le même temps, les premiers jésuites commencent l’évangélisation de l’archipel et concourent à la diffusion de la culture européenne au Japon. Mais les Portugais participent également à la circulation des objets et des savoirs entre Europe et Asie, contribuant à une orientalisation des moeurs dans la péninsule ibérique.
Ce phénomène de mondialisation, dans lequel est pris le Japon, est cependant source de tensions entre les Portugais, installés en Inde, et les Espagnols de Manille : la fin du XVIe siècle marque le début d’une compétition intense entre Européens pour accéder aux richesses japonaises. Dans ce processus, les autorités japonaises sont loin d’être passives et elles savent tirer parti des rivalités entre les Ibériques.
La fermeture du Japon au début du XVIIe siècle et l’interdiction du christianisme mettent fin au « siècle chrétien du Japon ».
De la cale au paravent. Importation, commerce et usage des papiers peints chinois au XVIIIe siècle
Conférence de Stéphane Castelluccio, chargé de recherche au CNRS HDR - Centre André Chastel UMR 8150
Mardi 9 juin
A l'évocation du nom de la Compagnie des Indes apparaissent dans l'imaginaire collectif les exotiques épices, cotonnades colorées, porcelaines et laques, mais rarement les papiers peints. Bien qu'arrivés tardivement dans les cargaisons et dans des proportions réduites, ces derniers, spécialité chinoise, connaissent cependant un grand succès commercial en France grâce à leurs séduisants décors, à leur originalité et à leur coût relativement réduit.
Cette conférence se propose de retracer les circuits commerciaux empruntés par les papiers peints au 18e siècle, lorsque les Compagnies des Indes abordent enfin à Canton pour se fournir directement sur le riche marché chinois. Après l'arrivée des vaisseaux et leur déchargement à Lorient, différents acteurs interviennent pour les transporter et les livrer dans les boutiques des marchands merciers, leurs principaux débiteurs. Leur vente et la recherche de la clientèle intéressée par ce type de produit, les différents emplois de ces papiers peints dans les intérieurs, tant sur les murs que sur les meubles, viennent éclairer les raisons de leur succès.
Leur matière fragile et peu coûteuse manquant de noblesse explique la disparition progressive de la plupart de ces décors dans les intérieurs et sur les meubles au gré de l'évolution des goûts et leur grande rareté de nos jours. Au XVIIIe siècle, les papiers peints chinois constituent un autre vecteur, certes modeste mais à la diffusion respectable, de la mode pour l'Extrême Orient, pour ses produits et ses techniques.
Conférence de Gilbert Buti, professeur des universités en histoire moderne à l'université d'Aix-Marseille, MMSH-Telemme
Mardi 13 octobre
Les relations commerciales entre l'espace méditerranéen et l'Asie sont attestées depuis l'Antiquité gréco-romaine. La Méditerranée apparaît pour les Européens comme le chemin " naturel " pour atteindre le monde asiatique. La fracture entre l'Occident chrétien et l'Orient islamique provoque, autour des VIIe-Xe siècles, une phase de ralentissement des échanges qui reprennent ensuite avec une réelle vitalité pour devenir intenses au XVe siècle.
Les marchands italiens, mais aussi provençaux et catalans, s'approvisionnent en produits asiatiques (épices, soieries, porcelaines...) dans les ports de Méditerranée orientale où ils parviennent en empruntant un circuit largement contrôlé par des États et des marchands musulmans. Néanmoins, les Méditerranéens, à commencer par les Vénitiens, n'ont pas cherché à établir un contact direct avec les Orientaux.
L'ouverture portugaise de la route par le cap de Bonne Espérance modifie en partie les jeux de l'échange sans créer de nouveaux courants. Cette voie maritime qu'utilisent les navires des grandes compagnies de commerce européennes ne fait pas disparaître, pour le passage des marchandises et plus encore des hommes (marchands, militaires, missionnaires), la route méditerranéenne du Levant vers le monde oriental. Celle-ci est continuellement utilisée aux XVIIe et XVIIIe siècles en complément de celle du Cap. A la fin du XVIIIe siècle, le besoin se fait sentir d'ajouter ou de renforcer, à partir de la Méditerranée, une troisième voie, à savoir celle de la mer Rouge.
Les compagnies des Indes et la mondialisation
Colloque le vendredi 27 novembre 2015
Le musée de la Compagnie des Indes s'interroge sur la place des compagnies des Indes (compagnies de commerce maritime à monopole) dans le processus de globalisation à l'oeuvre depuis le XIIIe siècle.
Les spécialistes réunis pour ce colloque répondent à nos questionnements sur l'histoire de la mondialisation, ses étapes, ses ressorts sans omettre d'interroger sa construction culturelle. Ils expliquent comment et pourquoi le monde s'est "désenclavé" à partir du XIIIe siècle et par quels cheminements, hésitations, bégaiements, hasards et volontés il s'est construit tel que nous le connaissons.
Par une vision élargie, émancipée d'un regard exclusivement européen, ils remettent en perspective les "Grandes Découvertes" en montrant quels en furent les processus, les conséquences économiques, politiques, démographiques et culturelles à l'échelle du globe. Ils montrent que la mondialisation est un phénomène parfois complexe, non linéaire, qui ne s'envisage pas d'une manière univoque.
Les "Indes Orientales", territoires privilégiés des compagnies des Indes, sont au centre de la problématique, avec en filigrane la question du rôle de ces dernières dans l'essor des colonisations.
Grâce à ce colloque, les meilleurs spécialistes, en adaptant leur discours au grand public, apportent des éléments de réponse à tous ceux qui s'interrogent sur le phénomène "mondialisation" et qui veulent mieux comprendre le monde d'aujourd'hui à la lumière de son, ou de ses Histoires.