Paravent des immortels


Le paravent des Immortels, une acquisition de l'année 2020

Paravent de 12 feuilles, sud de la Chine (?), fin du 17e siècle, dynastie Qing, règne de Kangxi (1662-1722), bois (conifère ?), laque polychrome.

Troisième œuvre acquise grâce au soutien du Fonds du patrimoine, ce paravent de douze feuilles, visible au musée de la Compagnie des Indes, représente le paradis des immortels. Une acquisition d’envergure, pour un objet rare, qui devra être restauré afin de révéler tout son éclat.

Une acquisition réalisée grâce au Fonds du patrimoine

Intégré à la collection de M. Maignan, , ancien commissaire-priseur, expert dans le domaine des éventails, ce paravent est présenté dans le parcours permanent du musée de la Compagnie des Indes depuis 2018 suite à l’offre de M. Maignan qui souhaitait en faire dépôt au musée.
Soumis à la vente suite au décès de son propriétaire, il a fait l’objet d’une évaluation auprès des experts et de l’état du marché de l’art.
Les critères qui entrent dans la détermination du pris d’un tel objet sont les suivants : présence d’une signature ou d’une dédicace permettant une datation, pedigree de l’œuvre (passafe dans des collections documentées ou prestigieuses, et son état. Autant de critères habituellement utilisés pour l’évaluation des œuvres d’art. S’y ajoutent des références culturelles propres aux acheteurs chinois, très présents sur le marché de l’art, qui rachètent majoritairement ces œuvres.
Après une étude des biens similaires présents sur le marché et les avis d’experts, et le constat de l’état de l’objet, qui nécessitera une restauration, les vendeurs et le musée se sont accordés sur un montant.
Le budget d’acquisition du musée de la Compagnie des Indes ne permet pas d’acquérir souvent de telles pièces, et chaque acquisition fait l’objet d’une demande de soutien aux insitutions ad hoc.
Ainsi, ce paravant a été financé à 40% par le musée lui-même, à 10% par le Conseil départemental du Morbihan, et à 50% par le fonds du patrimoine. Cette subvention, émanant de l’Etat via le ministère de la Culture, témoigne du caractère exceptionnel de cette œuvre.
Le musée de la Compagnie des Indes avait déjà sollicité et obtenu l’aide du ministère pour deux acquisitions : les coffrets de jeux du Duc de Penthièvre, qui seront prochainement visible au musée, et le paravent 4 feuilles aux Hollandais, présent dans le parcours permanent depuis quelques années. Ci-dessous une image de ces deux acquisitions.

Les paravents de Coromandel

Avant l’ouverture de la Chine au commerce maritime, en 1684, ces objets sont exportés par la flotte interlope des commerçants chinois du Fudjian ou du Zhejiang vers les comptoirs du Sud-Est asiatique fréquentés par les vaisseaux des différentes compagnies de commerce européennes dans le cadre du « commerce d’Inde en Inde ». C’est pourquoi, ces objets chinois sont appelés, en France, laque de Coromandel, en référence aux comptoirs indiens de la côte de Coromandel dans lesquels les Français pouvaient acheter ces objets au XVIIe siècle. L’Amphitrite, premier vaisseau français à accéder à la Chine continentale (dans le cadre de la rétrocession du monopole de commerce à la Chine de la Compagnie des Indes), revient de Canton, en 1700, avec dix-huit paravents qui sont débarqués, avec les autres marchandises, dans la rade de Lorient. La liste des marchandises de l’Amphitrite, publiée par le Mercure Galant, indique que quinze d’entre eux sont des paravents « grands de douze feuilles », à l’image de celui-ci.
Ce paravent s’inscrit dans la production réalisée par les laqueurs chinois du sud de la Chine à la fin du 17e ou au début du 18e siècle. En effet, la technique de la laque sur conifère, finement polie et creusée pour recevoir des riches décors polychromes, est mise au point au cours du règne de l’empereur Kangxi (1662-1722). La Compagnie des Indes poursuit à son tour l’importation des paravents. En 1727, sept d’entre eux figurent à la vente. En 1741, le catalogue de la vente annuelle de la Compagnie indique la présence de « paravents de beau vernis noir ». Ces marchandises ont également pu transiter sur les vaisseaux au titre de la permission de « pacotille » accordée aux marins de la Compagnie des Indes.
La dimension encombrante des grands paravents en limite l’importation à quelques exemplaires. Leur coût élevé les réserve à une clientèle fortunée. Beaucoup de paravents, composés de deux faces, étaient sciés à leur arrivée en Europe afin de les dédoubler pour profiter du recto comme du verso. Après avoir enchanté les amateurs de « lachinage », entre 1670 et 1730, les paravents monumentaux n’apparaissent que rarement dans les cargaisons de Chine. Le goût a évolué et, à partir de 1730-1740, les objets en laque commencent à être dépecés pour être confiés aux soins des ébénistes français. Les fragments de panneaux de laque sont plaqués sur des meubles de forme Louis XV sur lesquels triomphe l’ornementation de bronze. Les archives de Lorient montrent, que dans les années 1770, des petits paravents, en laque rouge et noire, ornés de dorures, sont encore importés de Chine.
Avant l’acquisition du paravent des immortels, le musée ne possédait qu’un seul petit paravent de la côte de Coromandel entré dans les collections en 2016. Il représente une « Scène de chasse aux Européens », fin 17e siècle, dynastie Qing, règne de Kangxi (1662-1722). 
Par ailleurs, le musée bénéficie d’un dépôt du musée national des arts asiqatiques-Guimet. Il s’agit d’une face de paravent de la côte de Coromandel représentant un épisode de chasse dans la réserve impériale de Mulan. Fin 17e siècle, dynastie Qing, règne de Kangxi (1664-1722). Le paravent a été fendu dans l’épaisseur afin de pouvoir profiter des deux faces simultanément. Le musée du Château des ducs de Bretagne (région Pays de Loire mitoyenne) en présente l’autre face.
Au niveau régional, il n’existe pas de collection présentant des paravents de la côte de Coromandel. Le corpus de ces objets en France reste faible, et son acquisition par le musée de la Compagnie des Indes est donc légitime et exceptionnelle. La thématique du Jardin des Immortels ne semble pas, de surcroît, présente dans le corpus des paravents en laque de Coromandel des collections publiques.

Les douze immortels

L’une des face du paravent, en laque polychrome et doré, présente un décor dédié au Paradis des Immortels, le paradis taoïste, qui trouve son origine dans d’anciennes légendes populaires de la période Ming (1368-1644).
Ce paradis, situé dans les montagnes de Kunlun en Asie Mineure, abrite les îles merveilleuses et flottantes de la mer de l’Est où vivent les immortels en compagnie de grues et de daims. La reine Mère de l’Ouest, Xiwangmu, y cultive et garde le pêcher magique qui produit des pêches d’immortalité tous les 3 000 ans. A cette occasion, elle invite tous les immortels pour un grand festin. Le paravent décrit leur arrivée, chevauchant ou voguant à leur habitude, sur des petits nuages ou des animaux fantastiques. A droite, le Père de l’Orient, Dongwanggong, près de la petite pagode, à côté, Lao Tseu, fondateur du taoïsme, sur son buffle, est en route vers l’Ouest. Dans une grande barque, la déesse de la longévité, Ma Gu, vêtue d’une cape de feuilles, apporte des présents d’immortalité. Sur la gauche, l’impératrice Xiwangmu, accompagnée de ses suivantes et d’un phénix, attend ses invités. Au centre, Shoulao, dieu de la longévité, au crâne chauve et bosses proéminentes, médite dans une grotte. Au centre, le groupe des huit immortels ou Baxian, protecteurs du taoïsme, parmi lesquels se reconnaissent : Li Teguai (vieillard à la canne et à la double gourde), Lan Caihe, portant un panier de fleurs, He Xiangu, la demoiselle immortelle portant un lotus, Lu Dongbin avec son grand sabre et Cao Guogiu en costume de cours. De nombreux immortels apportent des champignons lingzhi, aux propriétés magiques, dont celle de ressusciter les morts. Bien que de nombreux motifs diffèrent, cette composition narrative est identique à celle d’un paravent de 12 feuilles représentant également le Jardin des Immortels présenté en 2019 à la galerie Tiago à Paris. Ces similitudes montrent que la représentation de ce festin des Immortels obéit à un shéma iconographique précis.
Le dos du paravent propose une composition alternée de cartouches ciruclaires, rectangulaires ou en forme d’éventail. Ils sont ornés de paysages, d’immortels et de petites scènes animalières. Ces cartouches sont encadrés d’une bordure dans laquelle figurent des objets auspicieux.

© 2018 - site officiel du Musée de la Compagnie des Indes de Lorient

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