Vierge à l'enfant


7/05/2020 - Statuette de la Vierge à l'Enfant

Chine, 1757. Inscription : Mater Dei Ora, 1757, LMT. Porcelaine polychrome et dorée. H. 80 cm, l. 26 cm, P. 30 cm. Classée « Monument historique » le 25/04/1994.Inv. D  2009.7.1.

Gracieuse figure féminine voilée, Guan Yin est la déesse de la miséricorde dans le panthéon bouddhiste chinois et japonais. Elle est une mutation de la figure indienne masculine du Bouddha de la compassion : le Bodhisattva Avalokitésvara. Par son histoire, Guan Yin est associée à la virginité, la piété, l'amour filial et la compassion. Elle aide à l'enfantement. Protectrice des enfants, elle est parfois représentée portant un enfant nu sur les genoux. Longtou Guan Yin, version dans laquelle elle apparaît surmontant un dragon, a probablement achevé de convaincre les pères jésuites, présents en Chine depuis 1565, de sa similitude avec la Vierge Marie, nouvelle Eve terrassant le dragon. C'est probablement à la demande de ces derniers que le  Bodhisattva Avalokitésvara, devenu Guan Yin, connaît un nouvel avatar en se transformant cette fois en Vierge  l'Enfant.

Cet extraordinaire syncrétisme religieux est à l'œuvre dans ce très rare exemplaire de Mater Dei Ora daté de 1757. La Vierge, aux yeux légèrement bridés, tient l'enfant dans un geste maladroit, tandis que l'habileté du drapé rappelle le meilleur de la production de statuettes de Guan Yin en blanc de Dehua réalisées entre 1640 et 1690. S'agit-il ici d'une commande jésuite ? La titulature de la statuette Mater Dei Ora, peut le laisser supposer. Elle renvoie à la prière mariale de l'Angélus promue à l'origine par le pape Urbain II pour soutenir la première croisade. Elle est par excellence la prière de tous les chrétiens contre les dangers et est ravivée à chaque péril connu par l'Eglise. Or, en 1757, l'ordre jésuite est dans la tourmente en Chine, menacé par les persécutions qui ont connu un fort regain en 1755, tandis qu'à Rome, le maintien des missions est débattu et aboutit à la suppression de la Compagnie de Jésus en 1773. De bonnes raisons donc pour en appeler à l'intercession de la Vierge miséricordieuse dissimulée, peut-être, sous les traits de Guan Yin.

Seuls deux autres exemplaires de ce modèle sont connus, dont l'un fait partie du trésor de la basilique Sainte-Anne-d'Auray en Morbihan, le second en version monochrome est conservé au Victoria and Albert Museum à Londres. La présence des deux pièces polychromes dans le même département, celui du port de la Compagnie des Indes, renvoie à la question irrésolue de leur commanditaire.

© B. Nicolas, F. Georges, Musée de la Compagnie des Indes


 

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