Trois feuilles laquées


29/04/2020 - Trois feuilles laquées au décor d'Européens, de Chinois et de Mongols (?)

Chine pour l’exportation vers l’Europe, Dynastie Qing (1644-1911), règne de Qianlong (1736-1795). Menuiserie, laque dorée. Bois (conifère ?), laque noir et rouge, or. H. 150 cm, l. panneaux latéraux, 43 cm, panneau central, 38,5 cm.

Ces trois panneaux de laque forment un ensemble. Il s’agit probablement d’un paravent, aujourd’hui incomplet, mais l’absence de charnière ne permet pas de l’affirmer. Les trois panneaux de laque, rouge d’un côté et noir de l’autre, sont ornés sur la face rouge de trois médaillons ornés de saynètes, et sur la face noire, de deux médaillons ornés de décor floraux dans lesquels prennent place des oiseaux.

Rien ne permet de connaître l’ordre de présentation des panneaux. Au total, les quinze médaillons chantournés sont encadrés par un décor de très fins rinceaux à multiples enroulements, avec au centre, un motif floral qui, côté rouge est une fleur de lotus. Ce type de rinceaux à fleurs de lotus se rencontre sur des objets laqués chinois d’exportation de la fin du 17e siècle à la fin du 18e siècle. A chaque coin des médaillons, un oiseau en vol est représenté, les ailes déployées. Chaque cartouche abrite de deux à trois oiseaux dont certains sont aisément identifiables. Quelques papillons volettent çà et là. Le sens de ces associations auspicieuses nous échappe pour l’essentiel, néanmoins, certains motifs sont fréquemment associés à des vœux de longévité. La qualité plastique de la composition et du dessin de cette face noire laquée et dorée est indéniable.

La face rouge présente une série de neuf cartouches historiés dans lesquels se meuvent des personnages chinois, des Européens, des personnages à la peau noire ainsi que des personnages pouvant peut-être être identifiés comme des Mongols. La signification des scènes reste, à ce jour, énigmatique mais elles racontent une ou plusieurs histoires. Celles où figurent des divinités évoluant sur leur nuage, ce dernier étant le véhicule des immortels, sont assurément inspirées du répertoire mythologique ou littéraire chinois. Certains personnages, aux riches costumes et chapeaux, peuvent correspondre à des personnages historiques.

Quand bien même l’interprétation des saynètes est méconnue, ce paravent est remarquable par la représentation simultanée des populations d’Extrême-Orient, d’Asie centrale, du Sud-Est asiatique et d’Européens dans un même cycle narratif. La présence d’un édifice chrétien, aux côtés d’une maison chinoise, est certainement un indice en faveur d’une enclave européenne en territoire chinois.

Il est tentant de voir dans ce paravent chinois « cosmopolite » une commande d’un européen ayant au moins quelques connaissances de la culture chinoise lui en permettant l’interprétation. Quelques rares paravents, représentant des Chinois et des Européens, sont connus, mais ce paravent reste, à ce jour, unique dans le corpus, ce qui en fait tout l’intérêt.

La compagnie des Indes française a importé des paravents surtout dans la première moitié du 18e siècle. Entre 1770 et 1785, le commerce à la Chine n’est plus soumis au monopole de la Compagnie mais Lorient reste le port obligatoire pour les vaisseaux de retour de Chine. Une vente aux enchères annuelle y est toujours organisée notamment pour écouler les marchandises de la Compagnie des Indes. Parmi les documents de la vente de 1773, se trouve un billet d’adjudication aux marchands Duclos-Texier et Schmal, « d’un paravent de cinq pieds de haut sur 10 pieds de large, composé de six feuilles de verny noir d’un côté et rouge de l’autre, à personnages et paysages ». Cinq pieds correspondent à 152 cm ce qui signifie que la hauteur de ces panneaux est semblable à celle du paravent en laque rouge et noir adjugé en 1773 à Lorient. Cette exceptionnelle archive permet d’imaginer que d’autres rares paravents laqués rouge et noir ont été importés de Chine au cours du 18e siècle et qu’ils apparaîtront peut-être pour en permettre l’étude.

© B. Nicolas, F. Georges, Musée de la Compagnie des Indes


 

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