Quatre panneaux de papiers peints


21/05/2020 - Quatre panneaux de papiers peints représentant la fabrication de la porcelaine

 Chine pour l’Europe, 18e siècle (vers 1770-1790), peinture, papier, pigments colorés. N° 1 L. 325 cm x l. 93 cm ; N° 2 : L. 325 cm x l. 93 cm ; N° 3 L. 325 cm x l. 72 cm ; N° 4 L. 235 cm x l. 85 cm. Inv. 2018.5.2. 1-4. Achat avec l’aide du FRAM Bretagne.

Les papiers peints, à décor de personnages, de ramages, d’oiseaux et de fleurs, figurent en petite quantité dans toutes les cargaisons des navires en provenance de Chine.

Ils sont dits à fond argent, or, azur ou azur et blanc. Deux grandes catégories de décors de papiers peints ont donc été importées de Chine par les Européens : ceux à motifs de personnages dans des architectures chinoises, dits à motifs de pagodes ou de magots et ceux à motifs d’oiseaux, de fleurs, de fruits ainsi que d’arbustes fleuris. Comme les gouaches et aquarelles reproduites en série sous forme d’albums, certains papiers peints dépeignent les méthodes de culture et de fabrication des trois principales marchandises chinoises : thé, soie et porcelaine.

 

Ces représentations offrent une vision édulcorée voir fantaisiste de la Chine. Elle y est dépeinte sous les traits d’un pays paisible, où les êtres évoluent gracieusement au rythme des fêtes et des visites de délégation, dans de luxueuses et improbables architectures au sein d’une nature ordonnée et amie. Les séries consacrées à la porcelaine sont édifiantes à ce sujet. Si le processus de fabrication est décrit avec justesse : machines hydrauliques, pétrissage avec les bœufs, méthodes de transport des porcelaines crues sur de longues et fines planches relevant de l’exercice d’équilibriste, forme des fours, etc., sont autant d’éléments documentaires, l’environnement est, quant à lui, parfaitement fantasmagorique. Il suffit, en effet, de penser au récit du Père d’Entrecolles, qui a visité au 18e siècle, le grand centre de production de la porcelaine d’exportation, la ville de Jingdezhen. C’est en réalité, une ville d’un million d’âmes, qui a toutes les caractéristiques d‘une ville proto-industrielle. Néanmoins, la vision lénifiante véhiculée par ces séries est de nature à satisfaire le client européen.

Le journal (1748-1758) du marchand Duvaux, marchand-bijoutier ordinaire du Roy, enseigne qu’une partie de ces papiers peints servait à la fabrication de paravents ou d’écrans tandis que les grandes feuilles de papiers peints étaient associées dans des boiseries à des textiles asiatiques : soies de Chine ou indiennes des Indes pour composer des décors muraux.

Il s’agit, ici, d’un ensemble de quatre panneaux de papiers peints décrivant une partie du processus de fabrication de la porcelaine. La fabrication de la pâte, concassage, rinçage, pétrissages, etc., est bien documentée, le tournage des pièces, également, ainsi que la cuisson des porcelaines dans les grands fours en forme de ruche ancienne. Il manque, malheureusement, la partie relative à l’émaillage des porcelaines. Ces quatre papiers peints ne sont pas sans rappeler l’album du marquis de Robien comprenant 26 gouaches, représentant la fabrication de la porcelaine chinoise, conservé au musée des Beaux-arts de Rennes.

Ces quatre papiers peints présentent différentes étapes de la fabrication des porcelaines chinoises dont le musée possède un important corpus. Compte-tenu du monopole de commerce vers la Chine, détenus par les différentes compagnies des Indes, ces papiers peints ont été obligatoirement ramenés par l’un des vaisseaux d’une compagnie des Indes, peut-être même la française. Dans ce cas, ils ont pu être vendus à Lorient. Ils sont également un très beau témoignage du goût pour la chinoiserie qui se développe à partir de la fin du 17e siècle.

© B. Nicolas, musée de la Compagnie des Indes. 

 


 

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