Portrait du capitaine de Vire du Liron de Montivers


5/06/2020 - Portrait du capitaine Antoine Barthélémy de Vire du Liron de Montivers, capitaine d'infanterie au service de la Compagnie des Indes

François-Dagobert Jouvenet (1688/94-1756). Huile sur toile, 1750. Inv. 2010.3.1. Acquis et restauré avec l'aide du FRAM et du FRAR.

Antoine du Liron entre au service de la Compagnie des Indes en 1741. En octobre, il embarque à Lorient à destination de Gorée au Sénégal, où la Compagnie perpétuelle des Indes détient le monopole du commerce qu'elle tente d'exercer à travers quelques forts ou fortins. L'objectif de du Liron est de s'enrichir grâce à l'or qui, en Afrique, est « aussi abondant que les cailloux sur le bord de mer » (Père Fourel, oncle et protecteur de du Liron). De Gorée, il passe à Albréda, puis demande à se rendre au Fort Saint-Joseph en Galam malgré la réputation de mouroir du fort situé à 400 kilomètres de la côte et les attaques plusieurs fois répétées des populations hostiles à la Compagnie des Indes qui vient y chercher des esclaves. Si du Liron survit aux « fièvres continuelles », la désillusion est bien vite au rendez-vous : « la plus grande maladie de ce pays, c'est la misère ». Peu d'informations ensuite nous renseignent sur sa vie en Afrique. Il se plaît pourtant à raconter le récit d'une mésaventure arrivée lors d'un détachement au village de Zuabo : « J'étais logé dans une case de paille que j'avais fait faire sur les bords de la rivière, de façon que le Niger déborda tellement cette année qu'il entra la nuit dans mon taudis et que je fus obligé de me retirer sur un arbre où j'ai resté presque un mois, en compagnie seulement de mon jeune nègre qui ne voulut pas m'abandonner, de mon chien et de deux singes que j'avais alors... J'ai pratiqué une petite cabane dans le tronc de l'arbre pour garantir des pluies qui sont pour lors très abondantes, mais cela n'aurait pas suffi pour me garantir de la mort si mon jeune nègre n'avait pas été tous les jours à la provision... c'est-à-dire qu'il allait chercher des masqua qu'on appelle en français blé de Turquie [maïs] ». Ce n'est qu'au bout de 29 jours qu'il est secouru par deux barques faisant route vers Galam.

En 1747, du Liron est envoyé en mission d'exploration à la recherche d'or sur la Basse Falémé. Mais l'or des légendes africaines se dérobe à l'avidité de la Compagnie et aux espoirs de du Liron.

Du Liron séjourne huit ans en Sénégambie, véritable exploit synonyme d'une nature, d'une santé exceptionnelle et d'une chance hors du commun. Il rentre en France en 1749, accompagné de plusieurs animaux dont un jeune lion qu'il offre à M. de Montaran. C'est en vain qu'il tente de faire venir deux jeunes domestiques africains : « Il en avait deux dont il était le maître et qui ne demandaient pas mieux que de passer en France. Il regrette surtout le plus petit qui s'appelait Amadis, qui est fort adroit, qui a beaucoup d'esprit et qui a le meilleur cœur du monde ».

A partir de 1751, du Liron s'emploie à retrouver un poste auprès de la Compagnie des Indes. Ses bons et loyaux services ont été reconnus, il obtient d'être nommé en Inde. Il arrive à Pondichéry le 13 juillet 1752. Ses quinze années de présence en Inde correspondent à une phase d'affrontements entre Français et Anglais qui s'achève par le triomphe de ces derniers.

En novembre 1752, le conseil supérieur de Pondichéry lui délivre un brevet de lieutenant d'infanterie et le nomme commandant de la forteresse de Lamperet, non loin de Pondichéry. En 1755, il demande son affectation au Bengale, alors éloigné du théâtre des affrontements. Son séjour à Chandernagor est heureux. Il en tire profits et plaisirs. Alors qu'il semble enfin « au sommet de la roue de la fortune », la guerre éclate avec l'Angleterre. Chandernagor est assiégée et capitule en mars 1757. Un vrai revers de fortune pour du Liron : « J'ai vu en un jour s'évanouir presque tous les fruits de mes travaux ». Il est fait prisonnier avec sa garnison. Le 1er novembre 1758, Lally-Tollendal, gouverneur des établissements français en Inde, le désigne parmi les officiers « qui se distinguèrent à la guerre par leur bravoure, capacité et bonne conduite ». Le 15 janvier 1765, du Liron écrit à sa sœur : « J'ai tout perdu, tout s'est évanoui ! La mort m'a enlevé ma chère épouse, le souvenir m'afflige, je ne m'en consolerai de la vie ! Les chagrins et les malheurs l'ont mise au tombeau et sa mort a entraîné celle de mon fils. J'ai failli mourir de chagrin et je n'en suis pas encore complètement rétabli. J'ai donc perdu dans le même temps ma chère épouse, mon fils, mon bien, mes amis, ma santé et peut-être mon emploi ». Il quitte Pondichéry le 4 octobre 1766, et arrive à Lorient le 4 juin 1767.

Après presque 24 années passées loin de la France, du Liron cesse de voyager. Il se remarie en juillet 1769, cette union donne naissance à un fils et une fille. Quatre années après son retour d'Inde, Gabrielle sa soeur, sans descendance, teste en sa faveur le château de Montivers situé en Ardèche.

Le portrait du capitaine a été longtemps conservé au château de Montivers. Il obéit à la tradition des portraits de lignées et d'apparat des grands dignitaires du régime. Du Liron debout, en livrée de la Compagnie des Indes, est présenté de trois-quarts, en légère contre-plongée, dans une posture masculine, altière, pleine d'assurance bien qu'un peu raide. D'un geste distrait, il tend une noix, symbole de l'intelligence, au petit singe. Un jeune domestique noir, richement vêtu, arborant turban à aigrette, perle à l'oreille et collier d'esclave le regarde dans un rapport codifié de dominé à dominant. Si les codes de représentation permettant d'affirmer le rang et la réussite sociale de l'homme de qualité, dans son acception du 18e siècle, sont respectés dans ce portrait, pour du Liron, le singe et la perruche, au-delà du symbole, sont bien réels. Quant au domestique noir, il s'agit probablement du souvenir de son cher Amadis, autant de rappels de l'attachement sincère qu'il lui portait et de son engagement auprès de la Compagnie des Indes.

La rareté de telles représentations, la présence de l'esclave et l'histoire personnelle du capitaine du Liron, archétype de l'aventurier, dont la vie est intimement liée aux activités de la Compagnie des Indes, en font une œuvre éminemment passionnante.

© B. Nicolas, F. Georges, musée de la Compagnie des Indes.


 

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