Plat kraak


25/05/2020 - Plat kraak

Chine, dynastie Ming, période Wanli (1573-1620). Porcelaine à décor bleu sous couverte. D. 37 cm. Inv. 2012.12.1.

C'est par un processus lent et empirique, qui s'étend sur plusieurs millénaires, que les céramistes chinois achèvent de mettre au point la technique de fabrication de la porcelaine au 9e siècle de notre ère. Le kaolin, son composant essentiel, est resté méconnu de l'Europe jusqu'au début du 18e siècle.

Le kaolin est mélangé à une pierre blanche fusible et feldspathique : le petuntse. Tous deux sont finement broyés puis brassés avec une eau très pure. La pâte obtenue est mise en forme par moulage, modelage ou au tour de potier. Les objets ainsi réalisés (le cru) sèchent longtemps avant d'être trempés dans la couverte ou glaçure. Cette couverte, très liquide, est composée de petuntse, de fondants, de chaux et d'alumine. Suit une cuisson de plusieurs jours (jusqu'à 19) au grand feu, élevé à 1350 °C. Cette très haute température, obtenue dans des fours de brique, constitue le deuxième secret de la fabrication de la porcelaine. Contrairement aux argiles, le kaolin porté à ces températures se vitrifie jusqu'à devenir translucide. Sous l'action de la chaleur, cru et couverte fusionnent révélant le caractère immaculé et brillant de la porcelaine.

A partir de la dynastie Ming (1368 à 1644), les artisans chinois maîtrisent l'utilisation d'oxydes et d'émaux vitrifiables pour créer des décors. L'oxyde de cobalt, généralement posé sous la glaçure, produit un bleu profond à la cuisson. Les porcelaines au décor bleu se détachant sur un fond blanc brillant à l'incomparable velouté sont baptisées « bleu et blanc » ou Ming. Elles connaissent un véritable succès auprès de la cour de l'empereur et des pays asiatiques tributaires. Le Moyen-Orient est également séduit par cette remarquable production. Les ateliers chinois adaptent formes et iconographies aux besoins spécifiques de chacun des commanditaires. A partir du 16e siècle, les caraques portugaises se chargent à leur tour de « bleu et blanc ». En Europe, elles sont dénommées porcelaine Kraak en référence aux navires marchands portugais, les caraques.

Ce grand plat à décor de bleu sous couverte est orné, sur l'aile, d'un décor traditionnel à compartiments où alternent symboles bouddhiques et fruits. La scène centrale de l'oiseau attrapant un papillon est typique de la seconde moitié du 16e siècle, période d'essor de cette céramique d'exportation vers l'Europe.

© B. Nicolas, musée de la Compagnie des Indes.


 

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