Les comptoirs européens et américains en Chine


Les comptoirs européens et américains en Chine

 Suite de quatre huiles sur toile. Chine, ateliers de Canton, Macao ou Hong-Kong, vers 1847-1856. Huile sur toile. H. 32 cm, L. 40,5 cm. Inv.. 2012.19.1.1 - 4. Acquis et restauré avec l'aide du FRAM et du FRAR. 

Cette suite de quatre huiles sur toile est un témoignage des échanges commerciaux directs établis entre la Chine et l'Occident à partir de 1513, avec l'arrivée de vaisseaux portugais sur la petite île de Lintin à proximité de Canton. Les « diables blancs » sont pourtant très vite refoulés en raison de comportements relevant plus de la piraterie que des échanges commerciaux. En 1557, ils installent un établissement sur l'île de Macao qui devient une enclave portugaise pour quatre siècles et demi. L'interdiction faite aux étrangers de pénétrer sur le sol chinois limite le trafic commercial. La Chine continentale reste inaccessible aux Européens au 17e siècle. Il faut attendre le retour de la paix civile et l’éradication de la piraterie pour que  l’empereur Kangxi proclame la liberté de commerce en 1684. Toutefois, les échanges restent difficiles jusqu’à l’ouverture officielle du port de Canton aux Européens en 1699. Les Anglais s'y établissent en 1715, bientôt suivis par les Hollandais en 1728. Les Français prennent place dans les entrepôts en 1728, les Suédois en 1731, les Danois en 1732, enfin les Américains en 1788.

Les empereurs chinois Yongzhen puis Qianlong restreignent encore l'accès à leur pays. De 1729 à  la guerre de l'opium en 1842, Canton, port fluvial situé à 140 kilomètres à l'intérieur des terres, est l'unique lieu d'échanges ouvert aux commerçants occidentaux. Les étrangers qui veulent y accéder se signalent à Macao, à l'embouchure de la rivière des Perles. Les droits de douane acquittés, ils prennent à bord de leur vaisseau un traducteur et un pilote chinois qui les conduisent vers l'île de Whampoa, terminus pour les bateaux et les équipages en route vers Canton. La rivière des Perles n'étant plus navigable pour les navires à fort tirant d'eau, seuls les marchandises et les hommes du négoce poursuivent leur périple sur les embarcations légères chinoises, les jonques et les sampans, à destination des factoreries de Canton. Situés sur les berges de la rivière des Perles, au sud des murs d'enceinte de la ville chinoise interdite aux étrangers, ces bâtiments, à la fois entrepôts et lieu d'habitation, sont loués par les puissants commerçants Hong, seuls chinois habilités à commercer avec les étrangers, aux différentes Compagnies des Indes. Les factoreries, flanquées des pavillons de chaque nation, sont habitées le temps de la saison marchande qui dure d'août à janvier. En dehors de cette période, les Européens sont priés de regagner Macao.

Une telle organisation étouffe toute velléité belligérante de visiteurs indésirables et permet une étroite surveillance des étrangers assignés à résidence sur quelques ilôts et littéralement « cantonnés »à Canton. Ainsi, au terme d'un voyage long de trente-deux milles nautiques, d'une durée de six mois minimum, ne s'offrent à la vue que quelques mètres carrés qui n'ont rien du pays de Cocagne !

Cette singularité explique le succès des ateliers de peinture de Macao et de Canton, qui, à partir du milieu du 18e siècle, créent pour les Européens des tableaux représentant les principaux sites aperçus lors de la remontée de la rivière des Perles. Praia Grande à Macao, la rade de Hong-Kong où les navires trouvent un bon abri et font provision d'eau, les douanes de la Bouche du Tigre, la pagode de Whampoa qui signale la fin du voyage et enfin les factoreries, théâtres des échanges commerciaux, deviennent les incontournables souvenirs du voyage en Chine.

Les peintres des ateliers de Canton et de Hong-Kong ont hérité de l'enseignement des pères missionnaires présents à la cour de l'empereur à Pékin et de l'expérience acquise par les peintres sur porcelaine. Dès le milieu du 18e siècle, ils sont en mesure de créer des paysages intégrant une perspective répondant aux codes de représentations occidentales. Ces œuvres sont très éloignées de la tradition picturale chinoise. Jusqu'au début du 19e siècle, elles sont réalisées selon les techniques de la peinture à l'eau. Il faut attendre l'installation à Macao à partir de 1825 et jusqu'à sa mort en 1852, du peintre anglais George Chinnery, peintre de paysage, disciple de Joshua Reynolds, pour que les peintres chinois apprennent, sous son amicale influence, l'usage de la peinture à l'huile. Les ateliers, au sein desquels chaque peintre possède sa spécialité, paysage, ciel, architecture, bateau, etc., travaillent suivant les commandes européennes, copiant souvent les mêmes œuvres à de nombreuses reprises. Celles-ci sont encore reproduites grâce aux techniques de l'aquatinte. Pour l'essentiel, cette production demeure anonyme. Quelques noms ont toutefois été retenus par l'histoire sans guère plus de précisions. Celui de Spoilum est traditionnellement rattaché à la première peinture à l'huile chinoise. La mémoire de Chow Qua, Sunqua, Tingqua, Youqua, est également conservée pour la production autour de 1850.

Ces images connaissent un succès véritable dans les milieux impliqués dans le commerce « à la Chine ». Importées au premier chef comme objets de souvenir, elles deviennent, avec l'accroissement du trafic commercial, une marchandise au même titre que diverses autres curiosités chinoises.

La présence de l'église américaine achevée en 1846 et brûlée en 1857, au moment des bombardements franco-britanniques, permet de dater précisément cet ensemble.

© B. Nicolas, musée de la Compagnie des Indes. 


 

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