Globe terrestre


27/04/2020 - Globe terrestre en hommage à l'expédition de Jean-Baptiste Charles Bouvet de Lozier

Réalisé par Jacques Hardy, fabricant de globes à Paris, de 1738 à 1755 et réédité par Louis-Charles Desnos (1725-1805), 1757, Paris. Carton, papier, bois. H. 40,5 cm, diamètre du globe, 16,2 cm. Inv. 2017.1.1.

Ce globe terrestre montre le parcours de l'Aigle et de la Marie. Ces deux frégates de la Compagnie des Indes quittent Lorient le 19 juillet 1738, à la recherche d'un hypothétique continent austral. Une croyance tenace, répandue dans les milieux savants, porte encore à l’époque, sur l’existence d’un continent austral qui ferait contrepoids au continent asiatique pour maintenir l’équilibre du globe terrestre dans sa rotation. L'expédition est commandée par Jean-Baptiste Charles Bouvet de Lozier, entré au service de la Compagnie des Indes en 1731. Ce projet d'exploration a pris forme dans l'imaginaire de Bouvet de Lozier, né en 1706 dans les Côtes-d'Armor, ainsi qu'il l'a lui-même rapporté bien des années plus tard : « Ma première année de philosophie, ayant vu une mappemonde, je fus frappé de ce vide immense autour du pôle Austral que les géographes remplissent de terres inconnues et je fus saisi d'abord du dessein de les découvrir : je ne pensai plus qu'à aller à la mer. »

Bouvet de Lozier est mû par la gloire et la fortune que lui rapporterait la découverte de ce fameux continent, tandis que la Compagnie des Indes espère trouver une escale pour ses bateaux sur la longue route des Indes ; et, pourquoi pas, les légendaires terres australes dont elle pourrait assurer la gouvernance.

L'Aigle, armé de 18 canons, jauge 245 tonneaux. Il embarque un équipage de 90 hommes avec à sa tête Bouvet de Lozier. Il a sous ses ordres la Marie, frégate de 250 tonneaux pour 14 canons, pilotée par le capitaine Pierre Caignard-Duclos qui emporte à son bord 70 hommes d'équipage. En 1740, Bouvet de Lozier publie le récit de ce voyage dans la revue Mémoires pour l'Histoire des sciences, des Beaux-Arts.

Le 6 décembre il écrit : « Gros temps, de la pluye, de la grêle, le feu de S. Elme à bord de la Marie ».

Le 7 décembre, le temps est beau et « nos gens ne manquèrent pas d'en profiter pour sécher leurs hardes qui commençaient à pourrir ». Ils voient et rencontrent du goémon, des baleines, des pingouins, des manchots, des oiseaux et des icebergs, ce qui fait espérer Bouvet de Lozier : « La rencontre de ces glaces devrait nous réjouir, qu'elles étoient un indice certain de terre, & que sans doute ne serions pas longtemps sans la touver ».

Si le premier avril 1739, ils aperçoivent une terre qu'ils nomment Cap de la Circoncision, ils ne peuvent accoster. Les équipages souffrent énormément : « A bord de l'Aigle, il y avoit déjà quelque temps que le scorbut s'étoit déclaré, & nous avions plusieurs malades ».

Après 11 jours de navigation périlleuse, pendant lesquels ils ne peuvent définir si les terres qu'ils aperçoivent, par intermittence, sont une île ou une étendue de terre accrochée à un continent, Bouvet de Lozier décide de faire route retour : « Depuis que nous étions à la vue de la terre... il n'y avoit pas eu de tems propre à y envoyer nos bateaux ».

Près du Cap de Bonne-Espérance, les deux navires se séparent, conformément aux instructions de la Compagnie. Bouvet de Lozier ouvre alors son dernier « Paquet secret » pour y découvrir les dernières instructions de la Compagnie. Celui-ci lui ordonne de rejoindre le 46° parallèle. Bouvet écrit : « […] Parce que supposant que nous n'eussions parcouru que le quarante quatrième, nous n'aurions pas su si le continent Austral ne s'avançoit pas jusqu'au quarante-sixième Parallèle : mais engagés par les incidents de Terre que nous avions suivie, nous avions été bien plus au Sud, & ce n'étoit plus un doute pour nous que le continent ne fut plus reculé vers le pôle. Nous avions encore l'expérience qu'une île dans ces parages n'auroit pu fournir une relâche... ».

Bouvet de Lozier décide, donc, de rentrer et, finalement, « Après un voyage de près d'un an, pendant lequel, nous avons été presque tous les jours à la Mer [...], nous serions arrivés sans mort ni malade, s'il ne nous étoit tombé un mousse à la mer le 10 mai environ le travers de l'île de Fernand de Noronha ».

A son retour en France, Bouvet de Lozier écrit aux directeurs de la Compagnie : « Messieurs, j'ai le chagrin de vous dire que les terres Australes sont aussi de beaucoup trop reculées vers le Pôle pour servir de relâche aux vaisseaux des Indes ».

Même si cette exploration n'est pas couronnée de succès du point de vue des intérêts de la Compagnie, Bouvet de Lozier et ses compagnons réalisent un véritable exploit à une époque où aucun satellite, radar ou GPS ne pouvait guider les marins sur ces mers inconnues et hostiles comprises entre les 40° hurlants et les 50° rugissants. Ce globe terrestre en est le précieux témoignage. En hommage à cette aventure intrépide, le Cap de la Circoncision, qui est en réalité une île, est rebaptisé île Bouvet.

© B. Nicolas, F. Georges, Musée de la Compagnie des Indes


 

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