Couteau


13/04/2020 - Couteau aux armes de Noël Danycan de l'Espine

Porcelaine chinoise d'exportation, Chine (ateliers de Jingdezhen), vers 1720-1725, dynastie Qing, règne de Yongzheng pour le manche et 19e siècle, après 1838, Europe, pour la lame. L. avec la lame 18,5 cm ; L. du manche 7,3 cm ; l. de l’extrémité du manche 2 cm ; Diamètre du manche au niveau de la lame 1,1 cm.

Ce couteau faisait partie d’un ensemble de plusieurs dizaines ou centaines de pièces aujourd’hui dispersé.

Le service de Noël Danycan de l’Espine est connu aujourd’hui à travers une paire d’assiettes conservée au musée de Saint-Malo, une paire de rafraîchissoirs, et une tasse. Ce manche vient donc compléter le corpus. En forme de crosse, il a été remonté sur une girole et une lame du 19e siècle. Le manche reçoit les armes de Danycan : d’azur, à un monde d’or, soutenu d’un vol et surmonté d’une étoile. Trois poinçons se distinguent sur la lame : un poinçon de maître losangé (itiales E G ou E C), un poinçon de titre et de garantie (Minerve casquée) et un poinçon en forme de bigorne.

Noël Danycan de l’Espine (Saint-Malo, 1656 – Paris, 1735) fut un négociant et un armateur particulièrement audacieux. Il sut tirer profit d’une conjoncture commerciale internationale déstabilisée par les guerres successives, pour amasser une fortune extraordinaire en un quart de siècle. Il profita du déclin de l’empire espagnol-américain à la fin du 17e siècle pour lancer ses vaisseaux, en toute illégalité, dans le commerce interlope des mers du Sud. Ces opérations commerciales sur la Route de l'Argent prirent l'allure, pour Danycan, de véritables jackpots. Les navires qui partaient pour 1 000 jours, emportaient dans leurs flancs des marchandises à forte valeur que désirait ardemment la bourgeoisie coloniale de Lima. La vente de ces cargaisons dégageait un profit énorme immédiatement reconverti en achat de quelques denrées coloniales mais surtout en matières-argent qui reprenaient ensuite la route maritime de la France.

Lorsque le commerce des mers du Sud déclina, les malouins profitèrent de la faillite de la première Compagnie des Indes, celle de Colbert, et de la redistribution des monopoles de commerce pour se lancer dans le commerce avec l’Orient, grâce notamment à la création de la Compagnie de la Chine, dans laquelle intervint fortement Danycan. A la création de la Compagnie perpétuelle des Indes en 1719, l’Etat reprit de façon monopolistique le privilège des commerces d’Orient, ce qui sonna le glas de l’âge d’or commercial de la place malouine.

Issu d’une bourgeoisie commerçante en quête de reconnaissance et d’élévation sociale, Danycan fut animé comme beaucoup de ses semblables, du désir d’être établi dans la noblesse. En 1706, il acheta donc l’office le plus prestigieux, celui de Conseiller-secrétaire de la grande Chancellerie de Paris pour une somme de 60 à 70 000 livres. La commande d’un service en porcelaine de Chine armorié participe de la volonté d’exposer aux yeux de tous une réussite sociale que ce « nabab » avait obtenue grâce à « l’Eldorado péruvien ».

La date de commande de ce service n’est pas connue. Néanmoins, elle se situe vers 1720-1725 au regard du décor de la porcelaine, époque charnière où les malouins cèdent la place à la Compagnie des Indes dans le commerce à la Chine. Le service de Noël Danycan a donc pu transiter sur un vaisseau de l’un de ses compatriotes malouins ou bien sur l’un des vaisseaux de la Compagnie des Indes.

© B. Nicolas, F. Georges, Musée de la Compagnie des Indes


 

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