Char de procession


3/06/2020 - Char de procession

Inde, Bengale (?), fin du 18e siècle-début du 19e siècle. Ivoire sculpté et ciselé. L. plateau, 21 cm, l. 11 cm, H. 10 cm. Inv. 2010.1.1. Acquis avec l'aide du FRAM.

La pompe et le faste déployés lors des processions des princes indiens à travers les villes pour célébrer différents événements sont connus grâce à leur représentation picturale. Dans un enchevêtrement de pattes et de têtes, y sont invariablement représentés les éléphants transportant les princes, les personnalités de premiers rangs et les symboles du pouvoir tandis que sur les chameaux et les chevaux prennent place les forces armées. A leurs côtés figurent les fantassins et les archers. Des hommes tiennent en laisse des chiens et des tigres. Les dames sont soustraites à la vue des hommes, cachées dans leurs palanquins aux rideaux tirés. Des bœufs tirent des chars ornés de dais, à l'image de ce petit objet en ivoire. Aux 18e et 19e siècles, les Européens sont parfois conviés à participer à ces longues parades. Il s'agit d'affirmer le pouvoir du suzerain et d'afficher les alliances en place.

Cet attelage est escorté par cinq fantassins armés d'un poignard et d'un petit bouclier. Ce sont des cipayes, identifiables à leur longue tunique qui descend jusqu'aux talons. Ils forment le corps armé indien employé par la Compagnie des Indes auquel Dupleix eut recours dans la guerre franco-anglaise du Carnatic. Voyant tout l'intérêt de cette armée indigène, Robert Clive, le célèbre chef d'armée anglaise, ennemi de Dupleix, fait à son tour appel aux cipayes pour défaire les Français et imposer le pouvoir anglais en Inde. Leur présence aux côtés du char laisse supposer que le personnage assis sous l'auvent est un dignitaire anglais ou français.

Cet ensemble est le vestige d'un cortège complet, aujourd'hui dispersé. Il témoigne de l'immixtion des Européens dans les affaires politiques indiennes au 18e siècle, que le « nababisme » de Dupleix et de Clive ont élevé au paroxysme de l'ingérence politique.

Militaire accompli, « Clive of India » est également collectionneur d'art indien. Parmi les objets qu'il rapporte d'Inde en 1767 se trouvent quelques figurines d'une semblable procession. Sans doute lui rappellent-elles Murshidabad, capitale du Bengale, où ces objets étaient réalisés et où il a régné tel un nabab.

© B. Nicolas, musée de la Compagnie des Indes.


 

© 2018 - site officiel du Musée de la Compagnie des Indes de Lorient

Retour en haut