Aiguière casque sur piédouche et bassin


20/07/2020 - Ensembles formés d’une aiguière casque sur piédouche et bassin

Chine, ateliers de Canton, dynastie Qing, vers 1720-1745. Cuivre émaillé en blanc à décor polychrome. Acquis avec l’aide du FRAM. Inv. 2016.7.1.1 et 2, 2016.4.1.1 et 2

A la fin du 17e siècle, l'empereur Kangxi est fasciné par les émaux européens que lui offrent les pères Jésuites, venus dans l'espoir d'évangéliser la Chine. A la demande de l'empereur, les ateliers du palais impérial à Pékin deviennent le théâtre de recherches dans le domaine de l'émail. Le père jésuite émailleur français, Jean-Baptiste Gravereau, arrive à Pékin en 1719. Les expériences portent sur un nouvel émail rose, inventé vers 1650 à Leyde en Hollande, par le chimiste Andréas Cassius. Associé à d'autres couleurs vitrifiables, cet émail permet aux émailleurs de disposer de toute la palette de l'arc en ciel. Il en résulte la création de pièces en cuivre émaillé dénommées yang-ci, signifiant porcelaines étrangères en raison de l'influence des émaux et des artistes européens impliqués dans le processus de leur invention.

Ces émaux, dénommés en Europe, émaux de Canton, ont permis de créer des objets dont les formes, l'iconographie et les coloris sont très similaires aux porcelaine de commande de la « famille rose », dont l'invention relève des mêmes découvertes en matière d'émaux vitrifiables. La monnaie courante de la Chine étant faite de cuivre, les restrictions commerciales en matière d'exportation limitent le commerce des émaux de Canton. C'est surtout au titre des commandes privées, relayées par les subrécargues et les hommes d'équipage des compagnies des Indes, qu'ils ont été importés en Europe. Quelques pièces armoriées en apportent également le témoignage.

Les modèles des aiguières à bassin en forme de coquille, en émail de Canton, sont inspirés des ensembles d’orfèvrerie apportés par les Portugais, présents à Macao depuis 1533. Les bassins tirent leur forme naturaliste du mollusque tridacne géant, plus communément appelé bénitier géant, mis à l’honneur par le répertoire stylistique rococo portugais.

Même si les deux modèles sont assez proches, le second diffère du premier par le caractère côtelé de l’aiguière et par une harmonie colorée plus froide. Le décor très coloré et couvrant, où dominent les enroulements décoratifs et les rinceaux à feuilles et fleurs, plus ou moins naturalistes, est commun à la typologie des aiguières à godrons et bassins en forme de coquille, popularisés par les commandes portugaises. Ce groupe homogène indique peut-être un atelier unique ou encore une circulation des modèles dans les différents ateliers en Chine.

© B. Nicolas, F. Georges, musée de la Compagnie des Indes.

© 2018 - site officiel du Musée de la Compagnie des Indes de Lorient

Retour en haut