Étoffe, Chine, Province du Guangdong (?) ; dynastie Qing, règne de Qianlong (1735-1796), 1760 – 1780 ; Coupe : France, vers 1770-1780, Taffetas de soie peint
Ville de Lorient, musée de la Compagnie des Indes, inv. 2021.16.1, Achat et restauration avec l’aide du Fonds régional d’acquisition pour les musées (FRAM), du fonds de restauration pour les musées (FRAR) et du département du Morbihan.
Acquise par préemption lors d’une vente publique à Paris en décembre 2021, cette robe de cour en pékin peint constitue une entrée majeure dans les collections du musée de la Compagnie des Indes. La préemption, exercée avec le concours du musée national des arts asiatiques Guimet, qui a dépêché une de ses conservatrices à la vente, a permis de préserver une œuvre d’une rareté exceptionnelle.
Datée des années 1760–1780, la robe associe une soie peinte produite à Canton à une coupe réalisée en France. Elle s’inscrit dans le contexte des importations de soies chinoises par la Compagnie des Indes au XVIIIᵉ siècle. Si la majorité des soies venues de Chine étaient importées sous forme de soie brute destinée aux manufactures européennes, de nombreuses étoffes brochées ou peintes — dont les pékins — figuraient également dans les cargaisons. Soumises à de fortes restrictions afin de protéger les manufactures françaises, ces soies colorées furent en grande partie considérées comme des marchandises prohibées et ne pouvaient légalement être vendues dans le royaume. Leur diffusion s’est néanmoins poursuivie par des circuits commerciaux discrets, voire illicites. La rareté des pékins peints conservés aujourd’hui confère à cette robe un caractère tout à fait exceptionnel et en fait un témoignage précieux du goût européen pour ces étoffes venues d’Asie.
A QUOI SERT UNE OPERATION DE RESTAURATION CONSERVATION?
La conservation restauration des textiles sert à consolider, mettre en valeur, présenter et conserver les œuvres en tissu. Il peut s’agir de costumes et d’accessoires, de tapisseries, tentures, rideaux et bien d’autres trésors. Les conservateurs restaurateurs sont aussi sollicités pour réaliser le support et le conditionnement des pièces, de sorte à assurer leur bonne conservation pendant les temps d’exposition mais aussi au cours d’éventuels transports et du stockage en réserves.
HISTOIRE DE LA RESTAURATION D’UNE PIECE D’EXCEPTION
En 2025, cette robe de cour à la française a fait l’objet d’une restauration approfondie par Angélique Durif, restauratrice conservatrice, spécialiste du patrimoine textile (35).
En effet, les objets réalisés en taffetas de soie gouaché, matériau particulièrement fragile, nécessitent presque toujours une restauration lors de leur entrée dans une collection muséale. Façonné en robe, ce textile a été davantage exposé aux contraintes et à l’usure qu’il ne l’aurait été s’il avait été utilisé, par exemple, comme tenture.
De nombreuses étapes ont mené à la restauration et à la consolidation de cette pièce d’exception.
Pour commencer, un dépoussiérage minutieux a été effectué. La micro aspiration permet de limiter la prolifération de micro-organismes qui peuvent altérer les fibres du tissu. Le manteau de la robe comportait des rapiècements anachroniques qu’il a fallu retirer avant de détacher le tissu abîmé à force d’avoir été porté porté (traces de sudation, humidité au bas du manteau, etc.). Cette première partie de la restauration s’est conclue par un nettoyage approfondi.
La deuxième partie de l’intervention a porté sur la consolidation de l’ensemble en comblant les lacunes et en reprenant les coutures décousues. Pour préserver au mieux le manteau, il a été doublé d’un voile de soie neutre. Les plis du vêtement ont également été redessinés et réorganisés selon leur forme d’origine. Finalement, l’ensemble a été mannequiné. Une silhouette a été modelée pour accueillir les deux pièces qui composent l’ensemble, en respectant leurs proportions et leurs formes d’origine.
L’ensemble de ces interventions permet aujourd’hui de présenter, au sein du parcours permanent du musée, cette robe dont la structure a été stabilisée et la lisibilité restaurée. Témoignage rare des échanges textiles entre la Chine et la France au siècle des Lumières, elle restera exposée encore quelques mois avant de retrouver les réserves pour des raisons de conservation préventive.
Venez profiter de cette pièce d’exception, unique dans les collections françaises, avant qu’elle ne retourne se reposer à l’abri de la lumière!
Panneau de pékin peint aux oiseaux, Chine,Dynastie Qing, règne de Qianlong (1735-1796), vers 1770 - 1790, Gouache sur soie, Acquis avec l'aide du FRAM, N° Inv. 2017.12.1.1
Restauration | Un avant goût de l'exposition "De la carpe aux Merlus"
Ce panneau de pékin peint fait partie d’un ensemble de sept tentures en soie décorées à la gouache, ensemble acquis en 2017. Orné d’un élégant décor d’arbres, de fleurs, de fruits et d’oiseaux, ce textile raffiné témoigne de l’engouement européen pour l’Orient au siècle des Lumières.
Fragilisé par le temps, son usage en tenture et un long stockage plié, le panneau a fait l’objet d’une restauration minutieuse. Une étude préalable a été réalisée en 2021 afin de déterminer une méthodologie de traitement et de restauration. Elle a permis de proposer un mode de présentation et de conservation adaptés. Après dépoussiérage, retrait des reprises anciennes, humidification contrôlée, consolidation des soies et maintien sur un support adapté, il a retrouvé toute sa lisibilité sans jamais perdre la mémoire de son usage.
Cette intervention, menée par Montaine Bongrand, restauratrice du patrimoine textile, permet aujourd’hui de présenter à nouveau cette œuvre, tout en assurant sa conservation à long terme. Ce panneau restauré sera visible dans le cadre de l’exposition De la carpe aux merlus. Nouveaux trésors et regards d’aujourd’hui. Dès le 29 juin 2025.